Médecins de la Grande Guerre
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De l’Yser à l’île Maurice, le parcours de l’énergique
grenadier René Verbruggen
René Verbruggen nait
le 17 décembre 1895 à Bruxelles dans le quartier populaire de Notre-Dame
de la Chapelle appelé aussi quartier des Marolles. Son père est cordonnier et
il est l’avant-dernier d’une fratrie de neuf enfants. Il bénéficie d’une
éducation soignée à l’Institut Saint-Georges fondé par les Frères des Ecoles
chrétiennes en 1832. René en 1912 est secrétaire du patronage de la Chapelle.
Il est déjà à cette époque un organisateur de talent ayant le souci des plus
jeunes. Pour la fin de ses humanités, il change d’école et entre à l’Institut
Saint-Louis. Il y accomplit sa classe de poésie puis effectue sa rhétorique à
l’école de l’abbaye Saint-André de Zevenkerken près
de Bruges. Il termine ses humanités au moment où la Première Guerre mondiale
éclate. L’abbaye et son école sont alors occupées par les Allemands. René est
parmi les quarante mille volontaires qui veulent renforcer l’armée du roi
Albert. Lui et son frère Eugène vont combattre au sein du 2ème
régiment de Grenadiers. Eugène
malheureusement perd la vie au combat de Melle le 4 septembre 1914. Eugène
était un talentueux garçon qui animait le théâtre « La dramatique de l’Institut Saint-Georges. On imagine le chagrin de son frère qui
cependant ne faiblit pas au front où il passera quatre longues années comme
l’attesteront ses huit chevrons. René participera à de nombreux combats :
la défense d’Anvers, la retraite ver l’Yser, le combat de Tervaete
en octobre 1914 où son régiment perdit 7/10 de son effectif. Un peu plus tard,
le 24 octobre, René accomplit un exploit : il parvint avec le soldat Delbecq à ramener dans les lignes belges des blessés tombés à proximité des Allemands en avant de
la ferme Oosthof. Les deux hommes seront décorés de
l’Ordre de Léopold pour ce sauvetage héroïque. Malheureusement Delbecq sera tué par un obus le 26 avril 1915 peu après le
22 avril. Le 18 avril 1915, René est envoyé à Gaillon en France dans l’école
militaire que les belges viennent de fonder (Il s’agit de C.I.S.L.A., Centre
d’Instruction de sous-lieutenant auxiliaire). Le 18 juin, il est de retour au
front avec le grade d’adjudant. Les commentaires de ses supérieurs sont
élogieux. Brave sur le front, il se révèle aussi comme un très bon
administrateur et connaît tous les détails d’un service de campagne. Après la
guerre, il est détaché pendant plusieurs semaines à l’Etat-Major
du général Borremans avant d’effectuer de nombreux
rappels comme officier de réserve et ce malgré le fait qu’il avait entretemps
revêtu la soutane ! Deux mois après la fin des hostilités,
René est admis au Séminaire Léon XIII. Non encore démobilisé, il devait se
rendre chaque matin à la caserne pour un appel.
René au séminaire Léon XII à Louvain.
Photo du 28 mai 2019. Les séminaristes ne sont pas encore démobilisés et
assistent aux cours en uniforme. René Verbruggen est au rang supérieur avec son
képi. Ce ne fut qu’au mois d’août que les
uniformes furent remisés et que René bénéficia alors de ses premières vacances
depuis cinq ans. Le président du séminaire était à cette
époque le futur cardinal Mercier qui insuffla à l’établissement un esprit de
famille. Il impressionna bon nombre de ses séminaristes notamment l’abbé
froidure et René lui-même. Durant ses études, René fonde sous le patronage du
cardinal Mercier les « colonies scolaire catholiques ». Le succès est
rapide. Il montre ainsi des qualités d’organisateur déjà démontrées auparavant
au patronage puis à l’armée. René ouvrit d’abord un grenier à Waterloo puis
obtint à Averbode grâce aux Pères prémontrés une
école voisine pour y mener « ses jeunes » durant les c-vacances
scolaires.
Le 22 septembre, René reçut son
ordination. Tous les officiers de son régiment, tous ses camarades de guerre
sont présents. Dans les heures qui suivent, le cardinal devant le succès de sa
colonie scolaire lui demande alors de prendre la direction d’un nouveau collège
à créer à Braine-l’Alleud. René n’a pas encore 28 ans. Braine-l’Alleud, n’avait pas encore
d’enseignement secondaire catholique. L’abbé Frédéric Glibert,
le doyen de Braine-l’Alleud, insista si bien auprès du cardinal que ce dernier
accepta finalement de patronner un nouveau collège qui sera érigé en son
honneur sur base de dons ! René est donc chargé d’établir le
collège. Il s’entoure de « prêtres soldats » comme L’abbé Léon Foster
et Edouard Froidure et se met rapidement à la tâche : récolter les dons,
inscrire les premiers élèves, occuper un bâtiment provisoire dans la villa
Tondeur, établir les plans du collège à bâtir…
Avec aussi beaucoup de discussions.
Verbruggen à l’opposé de l’abbé Glibert qui voudrait
l’implantation du nouveau collège dans le centre-ville, veut l’établir à la
campagne dans un style pavillonnaire et modulaire en fonction des ressources
financières. Il obtint gain de cause et le premier bâtiment est érigé en
octobre 1925. Quant à la discipline qui devait régner au collège, René veut
l’établir sur une pédagogie d’avant-garde basée sur la discipline personnelle
et la confiance. C’est ainsi que sont organisées des études non surveillées
chez les grands avec un rhétoricien chef d’études. Autre innovation, les repas
sont pris en communs, les professeurs et élèves réunis. De plus la liturgie est
communautaire et ce sont les initiatives de toute la communauté (étudiants et
professeurs) qui organisent les loisirs. René s’est basé sur des exemples, celui
d’abord de son ancienne école de rhétorique à l’école abbatiale Saint-André de Zevenkerken puis, par l’Ecole des Roches fondée en 1899 par
Edmond Demoulins à Verneuil-sur-Avre qu’il découvre
en 1923. Edmond Demoulins était sociologue et avait
créé un internat dans un parc de 60 hectares avec la volonté de donner aux
jeunes une éducation d’inspiration anglo-saxonne destinée à promouvoir
l’intelligence, le corps et la personnalité de ses élèves. Bien entendu ce système idyllique basé
sur la confiance fut critiqué mais toujours suivi. Le jeune directeur se
distinguait par une énergie débordante qui amènent
parfois des blessures d’amour-propre chez certains des subordonnés parfois
beaucoup plus âgés que lui ! Si
la confiance est de règle, le règlement du collège, est cependant strict sur
certains points essentiels. René se base en le dictant certainement sur son
expérience d’officier à l’armée. 25-10-1925
{...} Les élèves porteurs du calot salueront en portant La main au calot comme
font les militaires. Je demanderai à Monsieur le professeur de gymnastique de
leur enseigner ce salut. 3-12-1925 Les sonneries se feront
dorénavant de La Loge du concierge. Les élèves réciteront L’angélus au son de
La cloche à 6 h, 12 h 15 et 17 h 45. Les élèves sortiront en rang des classes à
la fin de chaque exercice ; ils ne peuvent ni courir, ni jouer, ni crier {c'est
souligné par lui} dans les deux halls. En cas de pluie, ils passeront La
récréation sous le porche d'entrée. 18-03-1926 Certains élève arrachent des
quantités de papier lorsqu'ils servent des w.-c. et
les laissent trainer à terre. Cela doit cesser. De même, on touche aux
conduites d'eau des urinoirs à la cour pavée au point de les rendre inutilisables.
Je préviens Les élèves que si les coupables ne viennent pas se dénoncer, je
mettrai Les frais d'arrangement à charge de la collectivité. Je demande à tous
les élèves d'exercer un contrôle mutuel et d’empêcher toute dégradation à la
maison. 29-04-1926
dorénavant, les élèves ne pourront plus employer les porteplumes réservoirs
pour la rédaction de leurs devoirs. Ils utiliseront La plume ordinaire afin de
ne pas déformer leur écriture. Le jeune prêtre n’arrête jamais et court
dans toutes les directions. Chercher des terrains, négocier avec les
propriétaires (entre 1924, six terres de culture pour un total de 5 hectares 89
ares furent achetés auprès de cinq propriétaires différents), choisir les
plans, trouver des donateurs, promouvoir la vente de timbres-postes à l’effigie
du cardinal, organiser des tombolas (en 1934, le premier prix fut une maison
qu’avait héritée l’abbé Coessens !)… De plus,
René demeurait actif au niveau des colonies scolaires, des commémorations
patriotique et de L’office
médico-pédagogique crée en 1934 et qui avait pour mission de déceler les
troubles de l’apprentissage et leurs causes
Vue du collège le jour de la visite de Mgr Van Roey le 12 juillet 1926 L’abbé décidément prenait beaucoup
d’initiatives et peut-être un peu de trop…Il rentra en opposition avec le
successeur du cardinal Mercier, le cardinal Van Roey.
Dans une lettre datée du 26 septembre 1935 à ce dernier, il se plaignit qu’il
devait accepter les restrictions apportées aux quêtes alors que le collège
n’avait pas encore achevé sa chapelle qui ne pouvait contenir que les deux
tiers des élèves, que l’internat et les classes étaient à l’étroit et qu’il a
dû emprunter deux millions…
L’énergique René Verbruggen en noble compagnie lors de l’inauguration de la statue du cardinal Mercier le 30 juin 1935 Le cardinal commença donc à trouver que
l’abbé Verbruggen avait pris trop d’initiatives et était allé trop loin dans la
dépense. Il prévoit alors un remplaçant. Les bruits du départ de René se
propagent. L’organe des anciens élèves sort à la hâte un nouveau numéro spécial
consacré au départ de leur directeur adulé. René quitta la direction du collège
le 1er février 1936 pour le poste d’aumônier militaire de la
garnison de Bruxelles, sans doute une sorte de voie de garage… Mais en bon
militaire, il obéit et assure cette charge qui prendra une grande importance
durant la Seconde Guerre mondiale. En effet, la situation morale des 80.000
prisonniers de guerre francophones ne cessait alors de se dégrader.
On décida alors de créer l’Aumônerie des
prisonniers de guerre et de leurs familles. Le père Verbruggen en sera le
directeur aidé par le capitaine Jacques de Dixmude et le capitaine Gailly. La plupart des aumôniers militaires couverts par
leur brassard d’infirmiers ont été libérés. Ce sont alors les aumôniers
français qui s’occupent le mieux qu’ils le peuvent des prisonniers belges.
L’aumônerie sous la direction de René fonctionnera pour des résultats
concrets : par son intermédiaire, les aumôniers français sont encouragés,
de nombreux livres, missels, accessoires liturgiques ont pu être acheminés aux
prisonniers. En août 45, l’aumônerie catholique lance un mensuel « ils
sont là ». Ce mensuel paraitra jusqu’en décembre 1956, date à laquelle il
sera remplacé par « Notre Union » qui arrêtera sa publication en
février 1958. En plus de cette publication d’après-guerre, René tient des
permanences d’écoute, organise des pèlerinages à Banneux et à Lourdes. Le 1er juin 1947, René est
désigné » comme chef de l’aumônerie du 1er Be Corps à Cologne.
Il achève son séjour en Allemagne en servant aussi comme aumônier au camp de
Vogelsang. En 1961, René est libéré de l’armée et
envisage de réaliser un dernier rêve : devenir missionnaire comme le
devint son professeur admiré de rhétorique, Dom Gérard Moyaert
qui partit au Katanga. Le 19 décembre 1960, René invita tous les bienfaiteurs
qui l’avaient soutenu durant toute sa carrière à une dernière messe en l’église
du Sacré-Cœur de la rue de Corrège. Ils vinrent très nombreux puis le
lendemain, il partit pour l’île Maurice via l’Afrique du Sud où il passa
d’abord six semaines. Pourquoi partir à l’île Maurice ? René avait été en
contact avec l’abbé Dethyse, ancien professeur au
collège Cardinal Mercier. Ce prêtre avait été l’aumônier de la brigade Piron et
séjournait dans l’île depuis plus de 15 ans. Il informa René que l’île manquait
de prêtres et ce dernier résolut alors de s’y rendre ! Rapidement, René fondit une association
« Les Amitiés belgo-mauriciennes » avec comme membres nombre de ses
anciens bienfaiteurs. Durant 16 ans, l’association édita plus de 67 numéros
trimestriels. L’association mobilisait d’anciens collaborateurs de l’abbé tels
le colonel Haesen et mademoiselle A.Heynssens. La brochure était placée sous le patronage de
Notre-Dame du Grand Pouvoir, honorée à l’île Maurice. La brochure de quatre
pages fut envoyée à plus de 2 .500 personnes. Evidement les appels aux
dons y figuraient et permirent la réalisation d’un projet de René. Constatant
que l’île était dépourvue d’un endroit de retraite malgré 200.000 catholiques,
il résolut d’en créer un avec l’aide des Foyers de charité de Marthe Robin.
Alliant une nouvelle fois son talent d’organisateur à celui de bâtisseur, son
foyer de charité vit le jour en 1963 à la pointe de Souillac au milieu d’un
cadre naturel enchanteur. Son neveu devenu prêtre, Roger Marie viendra le
seconder. Ce prêtre resta fidèle à l’île durant 60 ans jusque son décès en
2022. En dix ans de 1963 à 1973, le foyer reçut 23.936 personnes. En 1970, René
accepta de revenir saluer ses proches et bienfaiteurs en Belgique. Plus de 400
personnes lui dire au revoir à l’aéroport de Plaisance de Souillac. De retour
sur son île, René laissa le père Manet assurer la relève au Foyer. René termina sa vie en étant curé de la paroisse
Saint-Jacques de Souillac dans lequel il continua à résider. Il mourut le 21
juillet 1973 et fut enterré dans le cimetière marin de Souillac Extrait de l’oraison funèbre prononcée par Mgr Margéot, évêque de Port-Louis de l’île Maurice. 22
juillet 1973 Merci D’ÊTRE VENU
Mes chers frères, Malgré les sentiments de tristesse qui
nous étreignent cet après-midi, nous ne pouvons-nous empêcher de ressentir une
grande sérénité : Père Verbruggen... est dans la joie du
père. Je voudrais, en votre nom à tous, et au nom de Roger Marie, qu’il
considérait comme son fils, au nom des prêtres du diocèse qui gardent une
grande affection et une immense reconnaissance... Je voudrais lui dire... Adieu
et merci ... Merci d'être venu dans cette lointaine
île Maurice qui avait attiré bien des prêtres belges que j'ai connus. Père
Arendt, le Père Glorieux, le Père Lebeau, sans parler des vivants. Merci d'être
venu malgré votre âge. En 1961, vous avez alors 67 ans et vous n'avez pas
hésité à commencer ce Foyer de charité dont vous portiez le dessin dans votre
cœur. Vos amis de Belgique vous ont généreusement aidé, en pensant sans doute à
tout ce qu'ils vous devaient, eux, les anciens de l'armée belge à leur aumônier
principal. Merci pour ce foyer... qui fut votre œuvre... qui est déjà et sera
de plus en plus... lieu de silence, de prière, d'œcuménisme ... Merci d'avoir
travaillé jusqu'au bout. Lorsque l'œuvre du Foyer fut achevée... le P.
Verbruggen a su se retirer et passer la direction au P. Mamet,
sans pour autant se condamner à l'inactivité. Il prit charge de la paroisse de
Souillac qu'il commença à remuer de fond en comble comme un jeune, pensant même
fonder une nouvelle communauté pour servir la paroisse... comme s'il avait
trente ans ... Merci pour votre disponibilité totale...
pour cette jeunesse d'âme et de cœur qui vous permit de vous adapter sans
difficulté aucune au pays, au diocèse…. Conclusion Le père Verbruggen connut quatre ans de guerre
sur l’Yser. Il ne désespéra jamais de l’homme et montra une énergie hors du
commun pour promouvoir un monde meilleur en créant de toute
pièces un collège aux méthodes nouvelles basées sur la confiance. En
désaccord avec son cardinal, il accepta humblement le poste qui lui fut confié,
un poste sans beaucoup d’importance et qui par la Providence en acquit une
énorme au cours de la Seconde Guerre mondiale. Enfin à l’âge de la pension, il
se donna encore un défi dans une île lointaine et devint une nouvelle fois
bâtisseur.
Même dans la mort René partage sa demeure, ici avec le Père Perraud…
Soulliac, le Foyer
Il fut de la trempe de certains anciens
combattants qui après la guerre, ayant vu tant de destructions voulurent être
des constructeurs ! René Verbruggen se serait bien entendu avec le Père Vandencruyssen qui rebattit l’abbaye d’Orval. Dieu seul
sait s’ils se sont un jour rencontrés. Il repose face à la mer à Souillac à un
endroit qui ressemble au paradis. Dr
Loodts P. Source : - Daniel
Ribant, René Verbruggen, le Grand sympathique,
édition de l’Harmattan, 2025
Nombre de Visiteurs depuis le 02 Septembre 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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