Médecins de la Grande Guerre

Georgina Pope, la star de l’armée canadienne, voulait ressembler à Florence Nightingale !

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Georgina Pope, la star de l’armée canadienne, voulait ressembler à Florence Nightingale !

Dédicacé à Madame Marie-Claire Charles, témoin de la misère humaine et conseillère dévouée et avisée pendant une carrière durand laquelle jamais elle n'abandonna son idéal ! 

Patrick



Georgina trouva sa vocation dans un livre de la bibliothèque paternelle

       Georgina née en 1861 est la septième et avant-dernière enfant d’un couple bourgeois demeurant près de Charlottetown dans l’île du Prince Edward au Canada.

       Son père William Henry exerçait comme juge et peut être considéré comme un des pères de la confédération canadienne. Il accueillit en 1864 dans sa ville une première conférence des délégués des politiciens canadiens désirant unir toutes les colonies britanniques en une seule entité.  Pour l’anecdote, lorsque la délégation arriva par bateau dans l’île, tous les notables se trouvaient en train d’assister à la représentation du cirque « Slaymaker and Nichols ». C’était en effet la première fois, depuis vingt ans, qu’un cirque se produisait sur l’ile et pour rien au monde, il ne fallait manquer cet évènement…  Ce fut donc William Henry Pope qui seul, accueillit la délégation ! Pour adoucir le mauvais accueil de la délégation, Il invita son chef, George Brown, à patienter en son domicile en faisant ainsi connaissance avec sa famille !



L'île Prince Edward a la forme générale d'un croissant, mesurant 224 kilomètres de long mais dont la largeur varie entre 4 et 60 kilomètres. La population approche aujourd'hui les 180.0000 habitants. (source Wikipeda)

       Notons que le frère de William Henry, James Colledge fut aussi un politicien puisqu’il fut le Premier ministre de l’île. Du côté maternel de Georgina, son arrière-arrière-grand-père fut le premier gouverneur de l’ile Prince Edward. Georgina est donc née dans un milieu très favorisé.

       Outre les huit enfants, vivaient aussi dans la maison, un jardinier, trois domestiques et une gouvernante.

       Du point de vue éducatif, Georgina eut aussi de la chance. Une mère anglicane entièrement dévouée à ses enfants et un père agnostique aux pensées progressistes qui possédait chez lui une impressionnante bibliothèque dont firent usage tous ses enfants et particulièrement Georgina. Cette bibliothèque fut sans aucun doute à l’origine du goût d’écrire et de lire des enfants Pope dont cinq d’entre eux devinrent des auteurs publiés.

       C’est en tout cas dans cette bibliothèque que Georgina trouva sa vocation en lisant le récit de la vie de Florence Nightingale, la célèbre créatrice du métier d’infirmière, qui eut le courage de s’engager auprès de l’armée anglaise lors de la guerre de Crimée en 1851. Très tôt, Georgina décida de suivre les traces de la célèbre anglaise.

       En 1875, la famille déménage pour une villa appelée Fernwood à St. Eleanor. C’était un véritable manoir comptant 20 pièces dont quatre possédait des feux ouverts ouvragés avec du marbre d’Italie. En 1879, hélas le père de Georgina décéda d’une subite apoplexie. Joseph, le frère aîné qui travaillait à Ottawa comme secrétaire de son oncle James Colledge devenu Ministre de la Marine et des pêcheries prit alors en charge toute sa famille. En 1881, les Pope quittèrent leur magnifique villa pour Summerside (ville de deux mille habitants situés au bord de la baie Bedeque) où ils n’eurent plus qu’un seul serviteur. La famille Pope eut donc la grande opportunité de pouvoir compter sur Joseph dont la carrière progressa lorsqu’il devint secrétaire à Ottawa du Premier ministre Macdonald. En 1884, Joseph se maria en même temps que sa sœur Ellie tandis que Georgina, tenant bon dans son rêve, s’en alla un peu plus tard pour l’hôpital Bellevue à New-York afin de suivre une formation d’infirmière.

       Après deux ans, elle fut diplômée tandis que sa sœur Lucy se mariait avec un pasteur presbytérien. En octobre 1888, se fut le tour de Amy (28 ans) de convoler en justes noces. Son mari était un veuf qui exerçait comme ingénieur. En 1891, Eliza  la dernière sœur de Georgina  se maria. Ce fut alors le moment pour la mère de famille de déménager dans une plus petite demeure à Summerside.

Georgina étudiante en nursing

       Mais revenons à Georgina et à ses études. Elle avait choisi de les accomplir à l’hôpital prestigieux « le Bellevue Hospital de New-York » à qui était annexé la première école d’infirmière des Etats-Unis fondée en 1873 et qui suivait un programme inspiré par Florence Nightingale. Nous étions en 1885 quand Georgina commença son mois de probation à l’issue de laquelle les jeunes filles étaient acceptées ou refusées comme élèves.

       Le premier jour elle dut travailler avec une bande de femmes de mauvaise vie devant purger durant dix jours une peine consistant à nettoyer les services. Puis on la laissa faire des lits dont il fallait d’abord battre le matelas de paille bourré de tiques avec un bâton. Ensuite elle dut rassembler les vêtements sales d’un patient pour les amener dans la salle des vêtements ou une pancarte mentionnait la présence de Vermine. De retour dans sa salle, on lui ordonna d’aller assister à la toilette mortuaire d’un patient venant juste de mourir. Pour une première journée, c’était beaucoup pour Georgina qui pendant sa jeunesse dorée avait été préservée de la vue des misères humaines ! Elle eut à lutter contre le découragement mais trouva la force de continuer sa formation en abandonnant la vision peu réaliste qu’elle avait du métier tout en s’appuyant sur ses convictions chrétiennes ! Grâce à sa force de caractère, Georgina parvint donc à vaincre ses appréhensions et fut acceptée comme élève après son mois de probation. Elle effectua ses deux années d’élève-infirmière avec les contraintes importantes liées à son statut : logement obligatoire dans le home, un seul demi-jour de congé par semaine, un travail de 8h00 du matin à 8h00 du soir. Elle n’était pas payée mais recevait de l’hôpital une allocation servant à acheter ses vêtements et ses livres. Un manuel de 164 pages (A manuel for nursing) lui fut remis. Il contenait l’avertissement que la fatigue et l’inconfort étaient inséparables du métier d’infirmière. Après avoir décrit les qualités d’une bonne infirmière, le manuel insistait sur les devoirs qu’elles avaient, notamment la propreté et l’entretien d’un uniforme qui devait être parfait.

       Dans le manuel complet se trouvait aussi les instructions détaillées pour la pose des sangsues et qui peuvent, aujourd’hui nous faire sourire. Si les bestioles ne voulaient pas se fixer sur le malade, on prévoyait d’abord d’enduire la peau de lait ou d’un peu de sang. Si elles restaient paresseuses, il fallait les faire tremper dans un peu de bière après quoi elles n’hésitaient plus à s’accrocher à la peau ! Après la ponction d’une cuillère à thé de sang, les sangsues se décrochaient de la peau mais si ce n’était pas le cas, l’infirmière avait à sa disposition du sel à répandre sur elles !

       Des consœurs de l’étudiante Georgina devinrent célèbres comme Jane Delano qui devint superintendant du nursing corps américain entre 1909 et 1912 et la créatrice de la Croix-Rouge américaine. Une autre condisciple de Georgina fut Lavinia Dock, célèbre aussi comme suffragette, qui écrivit un compendium de pharmacologie « Materia Medica » destiné aux infirmières et cela parce qu’elle était alarmée de voir des prescriptions effectuées parfois à des doses léthales.



       Georgina reçut son diplôme le 15 janvier 1888 en même temps que le pin du Bellevue Hospital qu’elle attacha avec fierté sur sa tenue d’infirmière. Durant la cérémonie, elle dut écouter les derniers conseils paternalistes du Dr Simmons qui recommanda aux lauréates de ne pas imposer leur personnalité mais de faire uniquement ce qui doit être fait (les recommandations du médecin sans plus !), de cultiver la simplicité dans leur attitude et dans leurs vêtements tout en marchant sans bruits et en parlant d’une voix modulée sans aucun ton fort.



Bellevue Hospital’s pen was designed by Tiffany

Georgina, jeune infirmière, accumule l’expérience

       Quels furent les premiers hôpitaux qui accueillirent la nouvelle nurse ? Georgina travailla d’abord un an à l’hôpital des enfants de Washington puis retourna à l’hôpital Bellevue. On la retrouve en 1890 matron (infirmière-chef) de l’hôpital privé du Dr.Taber (15 lits) à Washington, spécialisé dans le traitement des affections gynécologiques puis, en 1891, elle accepta d’être la superintendante de l’hôpital « Columbia  for women and lying-i asylum » toujours dans la même cité mais possédant cette fois une cinquantaine de lits. Cet hôpital avait été créé en 1866 pour traiter les épouses et mères des soldats combattants dans la guerre civile. Georgina développa dans cette institution une école d’infirmières et proposa aussi que l’on construise une résidence pour les infirmières afin qu’elles puissent bénéficier de leur repos en dehors des murs de l’hôpital. Elle eut aussi le projet avec Mary Rogers qui travaillait à l’hôpital des enfants de prévoir un premier programme de cours de nursing qui pourrait devenir commun et s’appliquer à tous les hôpitaux. Cette innovation prévoyait des échanges d’étudiants entre hôpitaux durant leurs stages et cette façon de procéder devint la norme pour tous les Etats-Unis. En juin 1893, Georgina prit d’ailleurs la parole au congrès de l’Internationale Congress of Charities, Corrections, and Philantropy sur l’évolution du nursing. A cette occasion, il fut aussi donné lecture d’une longue missive envoyée par Florence Nigtingale âgée de 73 ans et empêchée de se rendre sur place. Quelques mois plus tard fut publié dans « The American Journal of nursing un long article de Georgina sur l’importance du travail infirmier dans les soins aux jeunes mamans et à leurs bébés. Dans sa conclusion, elle insistait sur la prévention des septicémies par l’aseptise et rappelait le devoir qu’avaient les infirmières de rappeler aux médecins le lavage des mains tout en veillant à poser à côté de la parturiente un bassin d’eau avec savon, brosse à oncles et serviettes !

       En 1894, Georgina note dans un rapport que l’école de nursing est florissante mais qu’il est nécessaire de moderniser les salles et de construire enfin la résidence des infirmières. Après cette date, Georgina fit une pause dans sa carrière. On la retrouve chez son frère à Ottawa puis dans son île Prince Edward et enfin en 1896 en Europe où elle servit de nurse aux quatre enfants de la famille d’un médecin, le docteur Dunham qui désirait connaître le vieux continent. C’est pendant ce voyage qu’elle rencontra Monseigner Rafael Merry del Val appartenant au corps diplomatique du Vatican. Ce prêtre lui fit impression et fut à l’origine de la conversion de Georgina au catholicisme.

       De retour au Canada en 1897 puis apprenant que sa sœur Dot est très malade, elle rejoint son île natale pour la soigner. Elle entreprit ensuite comme nurse privée des voyages à l’étranger comme à Cuba, Tokyo, Shanghai, Singapour.

Auprès des soldats canadiens en Afrique du Sud

       Enfin en 1899 se présenta l’occasion qu’elle avait toujours rêvée. Lorsque le Canada envoya son premier contingent de soldat en Afrique du Sud pour combattre les boers de la République du Transvaal et de l’Etat libre d’Orange en appui avec les forces impériales[1], Georgina postula sa candidature pour faire partie des premières infirmières qui devaient en faire partie. Il y avait 200 postulantes pour huit places.  En vertu de ses antécédents professionnels et du renom de sa famille bien connue, Georgina fut choisie comme chef d’équipe. Les autres infirmières furent Sarah Forbes, Minnie Affleck et Elisabeth Russel. Georgina fut donc la première femme incorporée dans l’armée canadienne. Elle reçut le grade de lieutenant. Sa nomination comme officier est à souligner et depuis celle-ci, contrairement à beaucoup d’autres armées, les infirmières militaires canadiennes seront toujours considérées comme faisant partie du corps des officiers.

       Le départ du contingent de 1.100 hommes eut lieu en grande pompe, le 30 octobre 1899 sur le S.S. Sardinian.



Le navire plein à craquer ! Photo souvenir des soldats prêts à embarquer, tassés comme …des sardines… dans le Sardinian !

       La première partie du voyage fut mouvementée car le mauvais temps rendit malade la plus grosse partie du contingent. Il faut Imaginer des centaines d’hommes entassés souffrant de vomissements pendant plusieurs jours. Sur le navire, le S.S. Sardinian, il y avait donc des mesures d’hygiène et d’organisation à prendre d’urgence. Ce fut un officier anglais en garnison à Halifax et qui rejoignait sa nouvelle affection à Durban qui eut la présence d’esprit de réunir tous les officiers canadiens afin de prendre les mesures sanitaires impérieuses. Cet homme s’appelait Todd et fut de suite apprécié par Georgina qui en fit un ami avec qui elle restera toujours en relation épistolaire. Todd fut blessé le 29 juin 1900 durant la bataille de Zandspruit et revint invalide en Angleterre.

       Le contingent arriva le 30 novembre à Cape Town. Les infirmières furent d’abord déçues car elles espéraient travailler dans un hôpital canadien et pouvoir ainsi soigner leurs compatriotes. Il n’en fut rien car elles furent affectées à un hôpital anglais, le N°1 Military Hospital à Wynberg, dans la banlieue sud du Cap, capable d’accueillir 600 blessés et malades.  Après y avoir séjourné trois semaines, elles furent mutées à proximité, au N°3 General Hospital à Rondebosch autre hôpital anglais où elles eurent fort affaire, les interventions chirurgicales se succédant sans arrêt.





A l’hôpital militaire de Rondebosch, patients, médecins et infirmières

       La plupart du temps, elles ne pouvaient prendre leur souper que vers 22 heures. Pour la Noël, Georgina s’arrangea pour disposer de thé, crème et sucre pour 80 hospitalisés de longue date. Elle envoya de plus au Canada un appel au secours pour pouvoir disposer pour ses blessés de consolations supplémentaires comme du tabac. Son environnement, elle le décrit comme difficile, les habits toujours imprégnés de sable ou au contraire mouillés sous le déluge lors de la saison des pluies En outre, il y avait la peur permanente des scorpions, et serpents. Le travail de Georgina ne fut pas égayé par de bonnes nouvelles de sa famille. Sa sœur Amy venait de mourir quelques semaines auparavant laissant neuf orphelins sans mère tandis que sa sœur Lucy, hospitalisée à Quebec, perdait son mari mort subitement au début de l’année 1900 laissant ainsi quatre enfants sans soutien parental. En février, Georgina mentionne que son hôpital reçoit de temps à autre un soldat canadien et que c’est alors pour elle une grande satisfaction de pouvoir enfin soigner un compatriote. Avril fut un mois difficile pour elle avec la pluie persistante.



       En mai, Georgina fut avertie qu’elle aurait à rejoindre un hôpital beaucoup plus près du front, situé à Kroonstad, petite ville dans ce qui était l’Etat libre D’Orange. Le voyage pour y arriver fut pénible et dura plusieurs jours dans un train démuni d’eau, de nourriture et… de toilettes. Enfin arrivées à destination, les Canadiennes durent endurer pendant le dîner des remarques déplaisantes de la part de plusieurs infirmières anglaises prenant de haut les Canadiennes provenant de leur « colonie lointaine ». Le ressentiment des infirmières anglaises envers Georgina provenait qu’elles se retrouvaient sous les ordres d’une « coloniale » qui avait de plus le rang de lieutenant tandis qu’elle n’avait aucun grade. Ce fut assez grave puisque Georgina alla immédiatement s’en plaindre au commandant du camp. Les infirmières canadiennes souffrirent des nuits très froides sous la tente. Pour pouvoir dormir, elles devaient se couvrir de tout ce qu’elles possédaient comme vêtements. Peu après leur arrivée, nos Canadiennes durent gérer les malades amenés par d’incessants convois. Les lieutenants Pope et Forbes aidé de six infirmières britanniques prirent alors en charge des maisons, l’église et l’hôtel de l’agglomération pour augmenter la capacité de leur hôpital. Ils avaient alors à soigner trente officiers et 200 hommes.



Georgina conserva cette serviette avec les signatures des officiers de son hôpital. Sa signature est celle marquée par une flèche au-dessus de la feuille d’érable. Plus haut, se trouve la signature du célèbre docteur McCrae, auteur du poème Flanders Fields et qui plus tard se retrouva à Ypres durant la Grande Guerre.

       En juillet, les infirmières eurent la joie de recevoir une invitation de la part du général Roberts, commandant du détachement canadien. On leur permettait la visite de la ville de Prétoria. Elles y retrouvèrent les quatre autres infirmières canadiennes arrivées au Cap, trois mois après elles, avec le second contingent. Parmi ces infirmières du deuxième contingent, se trouvait une femme du nom de Margaret Macdonald[2] dotée du même tempérament que Georgina. Plus tard, cette infirmière devint la deuxième dame à rentrer de façon permanente dans le Canadian Army Medical Corps. Elle fut l’amie et en même temps la rivale de Georgina dans sa carrière militaire.



Margaret MacDonald

       Pour Georgina et ses collègues qui avaient passé six mois dans des tentes sans aucun confort, ce fut une merveilleuse interruption qui leur procura le repos après un labeur épuisant. Par après, au mois de novembre, ayant accompli un an de service, Georgina et ses deux collègues eurent la permission de voyager pendant dix jours pour découvrir six endroits de la province du Natal qui avaient connus les combats. A leur retour, elles eurent la déception de voir que le premier contingent canadien était retourné au Canada sans les attendre. On dut prendre un autre arrangement pour les rapatrier. Ce fut le 13 décembre 1900 sur le « Roslin Castle » qu’elles embarquèrent pour Halifax. Le retour ne fut pas exempt de soucis puisque passé le Cap Vert, une épidémie de dysenterie éclata et qu’il fallut soigner nombre de soldats du second contingent qui rentrait au pays, dans des conditions de roulis et de tangages dus au mauvais temps. Les infirmières ne purent hélas, empêcher, deux jours avant d’arriver au large du Canada, deux décès qui leur causèrent une grande tristesse. Leur arrivée eut lieu le 9 janvier 1901.

       Georgina revint au pays mais dut rapidement faire face aux tristes évènements familiaux survenus pendant son absence et à un nouveau décès, celui de sa sœur Dot décédée inopinément à 37 ans !

       En juillet 1901, elle retourna dans son île et c’est là qu’elle apprit que son équipe d’infirmière formerait le noyau d’une Reserve of Nursing Sisters in the Canadan Army.  Peu après, le duc et la duchesse of Cornwall and York (Price of Wales) firent une tournée au Canada et remirent à Ottawa, les médailles Queen’s South Afrikan Medal à 14 officiers et à 125 hommes ainsi qu’aux infirmières qui avaient participé à la guerre des Boers.

       C’est sans doute peu après cet évènement que Georgina décida de rester à tout prix au service de l’armée. Elle ne le pouvait pas encore dans l’armée canadienne et donc elle postula un poste dans le nouveau service de nursing de l’armée britannique, le Queen Alexandra’s imperial Miitary Nursing (QAIMNS). Ayant reçu un rejet de sa demande, Georgina s’apprêtait à reprendre un travail à l’hôpital Bellevue quand en décembre 1901, le Canada décida d’envoyer un troisième contingent en Afrique du Sud. Georgina fut alors surprise que son nom ne figurait pas dans la liste des infirmières susceptibles de partir. En fait l’excuse donnée est que l’on croyait Georgina indisponible de par son travail à New-York. C’est alors qu’avec fougue Georgina se battit pour corriger cette erreur. Son frère très influent Joseph  intervint efficacement auprès du ministre de la milice Borden. Quelques jours après, Georgina s’embarquait avec ses infirmières pour Londres où elles devaient recevoir leurs ordres. Elles embarquèrent le 15 février et arrivèrent au Cap en 17 jours. Elles atteignirent leur destination finale le 14 mars au N°19 Stationary Hospital à Harrismith. L’hôpital cette fois était bien ravitaillé et les conditions de vie beaucoup plus agréables qu’en 1900. Après quelques semaines de travail, la paix fut déclarée le 31 mai 1902 et un mois plus tard, les Canadiennes reçurent leur ordre de rentrer au pays. Elles y arrivèrent en juillet 1902. En juin 1903, Georgina, 41 ans, fut décorée de la prestigieuse décoration de la Royal Red Cross. Elle était la première infirmière canadienne à recevoir cette décoration dont le premier récipiendaire fut Florence Nightingale ! On peut imaginer que Georgina eut son lot d’émotions en recevant cette médaille.

Georgina après la guerre des Boers devint infirmière militaire de temps de paix

       Georgina était décidée à obtenir un poste permanent au sein de l’armée canadienne mais… malgré ses décorations, elle dut faire preuve de patience jusqu’en septembre 1906. Dans l’intervalle, elle publia des articles, voyagea beaucoup et envisagea même de rejoindre sa consœur MacDonald qui travaillait au profil des ouvriers sur le chantier de construction du canal de Panama.  Le deuxième semestre de 1905 lui occasionna beaucoup de souffrances. En juin mourut d’un accident son neveu Gordon Mitchell, le fils de sa sœur Ellie. En septembre 1905, sa maman Hélène décédait et quelques jours après ce fut le tour de son frère Albert à l’âge de 48 ans.

       Donc en 1906, Georgina est appelée à Halifax dans la « Permanent Army Medical Corps ». Son rêve est devenu réalité et elle devint ainsi la première femme engagée dans l’armée canadienne. Elle fut chargée du nursing de l’hôpital militaire couvrant les besoins de l’importante garnison militaire et on lui donna comme collègue la méritante Margaret Macdonald qu’elle connaissait bien pour avoir travaillé avec elle en Afrique du Sud. On reprit pour les nouvelles infirmières permanentes l’uniforme qu’avait dessiné Georgina mais la couleur changea et passe du Khaki au bleu. Cet uniforme donnera d’ailleurs pendant la Grande Guerre le surnom de Bluebirds aux infirmières canadiennes.  Autre changement, cette fois, on donne le grade de capitaine à Georgina.



Halifax en Nouvelle-Ecosse a toujours possédé une grande base militaire maritime mais aussi terrestre


       Comme matron (infirmière-chef) de l’hôpital militaire d’Halifax, elle veillait aux soins d’un large éventail de patients comprenant les épouses et enfants des militaires. De plus, Georgina et son adjointe Macdonald organisèrent des sessions de cours pour les infirmières devant faire partie de la réserve. Quand la garnison d’Halifax se trouvait en période de manœuvres de mai jusqu’en octobre, il y avait un surplus de travail pour la matrone car une partie du personnel et beaucoup de médecins se trouvaient sur le terrain et on assistait de plus un afflux de malades et de blessés provenant des lieux d’exercices. Entre 1907 et 1909, les deux infirmières sont évaluées par trois officiers et obtiennent des mentions très avantageuses. En 1909, Margaret Macdonald est mutée à l’hôpital de Quebec, où ayant moins de travail, elle peut développer de nouvelles idées quant aux possibilités de recrutement du personnel en temps de guerre. Elle désire étudier sur place la manière dont les Anglais traitent ce sujet mais sa demande est refusée. En 1909, Georgina présenta une double otite qui se compliqua de mastoïdite et de diminution de l’ouïe. A l’époque où il n’existait pas encore d’antibiotique, la thérapeutique était fort limitée et le médecin spécialiste conseilla 4 mois de repos dans un climat plus sec. Georgina partit donc en Italie. Elle pu reprendre le travail le 5 mai 1910. Mais pendant le repos De Georgina, sa collègue Macdonald avait pu élargir son cercle de connaissances influentes à Quebec et remettre, une deuxième fois, sa demande de partir en Angleterre pour réaliser son étude. Elle obtint cette fois une réponse positive et put s’embarquer le 22 décembre 1911. A cette même époque, Georgina dut être opérée de l’appendicite et prendre ensuite six mois de congé de convalescence. Georgina parti pour les Bermudes. Margaret, à son retour d’Angleterre donna une conférence aux autorités sur ses observations faites en Angleterre. Elle démontra la nécessité d’améliorer le recrutement des infirmières de la réserve et rendit compte de son appréciation dans le journal « the Canadian nurse ». L’étoile de la nurse Macdonald monta si bien que ce fut elle qui fut désignée pour mener le futur contingent d’infirmières en Europe dans le cas où la guerre se déclarait.  Le 17 aout, Macdonald fut nommée comme « Temporaly Matron »  et reçut un bureau à Ottawa pour préparer la mobilisation d’infirmières.

       Dans le contingent prévu pour partir en premier lieu, Georgina ne figurait pas. Pour Pope, la plus ancienne des infirmières permanentes, ce fut comme un coup de massue. Pourquoi ne l’a-t-on pas choisie ? Il y avait des hypothèses, Georgina avait eu des problèmes de santé accompagnés de longs congés et on la considérait peut-être comme top âgée (52 ans). Sans doute aussi l’efficacité de Margaret Macdonald qui avait bien étudié le système de recrutement des infirmières en Angleterre avait joué en sa faveur. En tout cas ce fut Margaret Macdonald qui quitta Quebec pour l’Europe le 3 octobre 1914 sur le Franconia faisant partie d’une flotte transportant 31.000 hommes !  Le Canada commençait ainsi un incroyable effort de guerre.[3]

       Georgina Pope resta donc à Halifax commandant le nursing de la base militaire dans des très difficiles conditions à cause d’un manque flagrant d’une partie du personnel envoyé en Europe et, en outre, de la nécessité qu’elle avait de préparer les nouvelles classes d’infirmières destinées à partir en Europe.  Margaret MacDonald établit son bureau à Londres auprès de celui du DGMS (Directeur Général du Service Médical Canadien) Jones. Mais la nomination de Macdonald comme chef des infirmières outre-mer introduisait de nombreuses questions quant à l’avenir de Georgina qui craignait, avec raison, perde sa première place lorsque Margaret MacDonald reviendrait au Canada. Elle résolut alors de faire tout pour partir elle aussi en Europe. Margaret réussit dans son entreprise grâce au changement du DGMS à Londres. Jones qui ne jurait que par MacDonald fut remplacé par Gilbert Lafayette Forster favorable à Georgina. Il y avait de plus la nécessité d’une relève pour remplacer les infirmières épuisées ou malades.

Georgina en Angleterre

       Georgina s’embarqua la 10 août1917 et après douze jours arriva à destination. Elle alla alors chercher ses ordres chez sa consœur Macdonald, ce qui fut sans doute difficile pour elle qui avait été son chef en Afrique du Sud. Margaret Macdonald envoya d’abord Georgina dans des hôpitaux canadiens situés en Angleterre avant de l’autoriser à rejoindre un hôpital près du front en France. Ce fut d’abord le 16 CGH (Canadian General Hospital) à Opingsston dans le Kent. Cet hôpital était renommé pour son excellence. Il se composait de vingt baraques reliées entre elles de telle sorte que le personnel n’avait jamais à sortir à l’extérieur. Les infirmières avaient aussi leurs dortoirs et leur propre mess. L’hôpital disposait aussi d’un service de radiographie moderne et d’une clinique dentaire. Cet hôpital se distingua par sa capacité à réparer les traumatismes de la face. Parmi les chirurgiens se trouvait le frère du docteur John McCrae. A cette époque, on organisa au Canada un vote sur la conscription obligatoire. Ce fut un vote avant-gardiste puisque des femmes purent voter, notamment celles qui avaient des membres de leur famille dans le corps expéditionnaire en Europe.



Après avoir servi quelques temps dans cet hôpital Georgina muta au N°15 CGH spécialisé pour la convalescence des soldats.


Georgina avec les convalescents australiens au N°15 CGH à Taplow.

       Cet hôpital était établi dans le parc du château de lord Astor à Taplow. Le château accueillait très souvent les infirmières pour des thés, dîners et soirées. L’ambiance de travail était reposante et Macdonald envoyait dans cet hôpital les infirmières devant quitter l’ambiance stressante des hôpitaux du front. Enfin, pour compléter son expérience, Georgina fut encore envoyée dans un troisième hôpital pour deux semaines le N°4 CGH à Basingstoke. C’est là qu’elle apprit la terrible catastrophe qui s’était déroulée le 6 décembre dans son pays à Halifax où elle avait travaillé pendant douze ans. Une explosion dans le port suite à la collision d’un navire chargé d’explosifs conduisit à la dévastation de tout un quartier avec un bilan de plus de 1.600 morts. Ce fut dit-on une des plus puissantes explosions non nucléaires de l’histoire.



Le navire Mont-blanc chargé de munitions rentra en collision avec le navire norvégien IMO qui était chargé de transporter des vivres en Belgique pour le compte de la « Commission for Relief in Belgium » (CRB). Le navire eut des dégâts mais échappa par miracle à sa destruction. Sur cette photo on distingue aisément l’inscription « Belgian Relief » (aide à la Belgiaue).

       Enfin, ce fut le jour de Noël, le 25 décembre 1917 que Georgina atteignit la France pour prendre en charge l’hôpital N°2 CSH d’Outreau près de Boulogne.

       On possède encore aujourd’hui une grande partie du« diary » de Georgina qui détaille ses activités journalières en France. Katherine Dewar, auteur d’une biographie de Georgina « Called to Serve » a comparé les notes de Georgina avec le journal officiel de l’hôpital. Elle découvre alors  que  Georgina  ne décrit que les évènements qui lui donnent satisfaction mais qu’elle omet souvent de décrire les évènements traumatisants comme les raids aériens que supporta l’hôpital. Pour son biographe, Katherine Dewar, Georgina, ces omissions sont la preuve que Georgina se devait de voir le monde dans un mode exclusivement positif. Son éducation religieuse était responsable de ce processus. Il en résultait que plus la vie à l’hôpital devenait angoissante et risquée et moins elle écrivait sur son diary comme si elle devait cacher ses vraies émotions ! Ne voir que le positif, s’abstraire du négatif avait été sans doute la clef du succès de Georgina. Elle conservait un optimisme bien nécessaire pour elle mais aussi dans un métier où elle devait encourager les malades à survivre et ses infirmières à ne pas déprimer devant les misères qu’elles accompagnaient.

       Ce déni émotionnel était sans doute sa stratégie d’adaptation au stress : ne voir que le positif et fermer les yeux sur le reste… Certes cette stratégie pouvait être efficace un certain temps mais à la longue, ce déni du négatif qu’elle enfouissait dans son inconscient pouvait conduire à l’explosion subite d’un énorme burn-out. 

       Le travail de la Matron était considérable. Gérer le travail infirmier, maintenir la discipline, veiller aux horaires, prévoir des distractions pour le personnel, commander le matériel et de plus accueillir les visiteurs de haut-rang… toutes ces taches ne lui laissait que peu de répit. Le 25 janvier, Georgina connut son baptême de feu. Un raid aérien qui ne fit heureusement aucune victime. Deux jours plus tard elle recevait l’annonce que le Dr John MacCrae, qu’elle avait connu en Afrique du Sud, venait de décéder à Wimereux. 

       Le risque de bombardement augmentant, un groupe d’ingénieurs arriva le 13 février à l’hôpital pour prendre des mesures de protection des installations. Quelques jours plus tard, une équipe de travailleurs chinois entoura les baraques de sacs de sable. C’est à cette époque que Georgina consulte un médecin pour sa propre santé avec comme plainte une perte de sommeil et des vertiges.

       Le 9 mars, l’hôpital fut survolé par un avion ennemi, ce qui causa une grande émotion. Le 12 mars, cette fois l’avion lança des bombes mais sans occasionner de dégâts. Le journal de corps écrit par l’adjudant mentionna pour le mois de mars six raids tandis que le diary de Georgina n’en mentionne que trois confirmant ainsi que plus les évènements stressants surviennent et moins Georgina les mentionne comme pour essayer de ne pas en tenir compte.

       Le 18 mars c’est la matron-in-chief anglaise MacCarthy qui vint inspecter l’hôpital canadien. Elle certifiera que l’hôpital est très bien géré par sa consœur Pope.

       Le 24 mars, l’hôpital reçoit un grand nombre de blessés et la capacité de l’hôpital de 500 lits est dépassée. Un renfort en personnel provenant du N°2 CCS (Casualty clearing Station) arrive. Les Allemands mènent une offensive et on apprend que les hôpitaux canadiens CCS doivent évacuer pour ne pas être pris par l’ennemi.

       Le 10 avril, l’hôpital doit évacuer le plus possible de blessés vers l’arrière en même temps qu’il doit préparer sa capacité de crise en rajoutant cent lits aux cinq cents existants !

       Le 19, 20, 21 et le 29-30 avril, beaucoup d’hôpitaux canadiens souffrirent des raids aériens dont deux sur l’hôpital de Georgina qui n’eut pas à déplorer de victimes contrairement à d’autres. A Doullens, le N°3 CSH fut, lors du bombardement du 29-30 avril, atteint par un tir direct qui décima une équipe chirurgicale de deux médecins avec trois infirmières, Dorothy Baldwin, Agnes MacPherson et Eden Pringle.

       Nul doute que cet évènement tracassa Georgina au plus haut point convaincue qu’elle n’était de la protection inadéquate de son hôpital.



Peinture de Gerald Moira représentant l’hôpital de Doullens en 1918. Durant la retraite des alliés au printemps 1918, il fut très actif. Bombardé les deux derniers jours de mai, une équipe chirurgicale périt.

       Un peu plus tard, à Etaples trois infirmières canadiennes furent tuées dans leur sommeil par un bombardement de leur résidence. Georgina eut à accomplir en mai diverses prestations sociales comme accompagner diverse personnalité au Canadian SistersRest Home (home de repos des infirmières canadiennes) de Wimereux situé à la villa La Charmante. Cela pu sans doute  la distraire quelque peu de la misère de la guerre.



Au centre de Wimereux, la villa « La charmante » aujourd’hui restaurée était le home de repos des infirmières canadiennes.

       Le 6 juin, elle assiste aux funérailles d’une infirmière Anglaise décédée de maladie à Wimereux. Début juillet, elle apprend la tragique nouvelle que le navire-hôpital Llandovery Castle avait été coulé par l’ennemi. A bord se trouvaient des infirmières qu’elle connaissait notamment Rena McLean qui avait travaillé quelques temps sous les ordres de Georgina en Angleterre. Les 14 infirmières de l’équipage perdirent la vie. Un grand nombre d’infirmières dormaient au moment de l’impact. Elles eurent du mal à évacuer le navire en train de sombrer mais finalement parvinrent à monter à bord d’un bateau de sauvetage en compagnie du sergent Arthur Knight. Tragiquement, le tourbillon causé par la violence du naufrage engloutit leur bateau. Seul Knight réussit tant bien que mal à gagner un autre bateau de sauvetage et survécut !



Affiche d’obligations en vue de la Victoireet illustrant de manière saisissante le naufrage du navire-hôpital Llandovery Castle.

       Le 15 juillet, inspection de la Matron-in-chief Macdonald le jour même d’une alerte de bombardement aérien. MacDonald constate l’épuisement de Georgina et lui donne un congé de 15 jours. Quand elle revient de son petit congé, c’est pour apprendre que l’hôpital a subi le 31 août un raid aérien ayant touché le mess officier et ayant blessé le chef de l’hôpital. Le 8 août, c’est la bataille d’Amiens et l’hôpital reçoit beaucoup de blessés. Georgina transforme la baraque réservée aux loisirs en une baraque pour blessés. Il faut trouver du personnel et c’est un gros tracas pour la matron Pope. Le 14 août, les allemands lancent leur plus grande attaque aérienne sur Boulogne pendant une heure et demie. 80 bombes lâchées occasionnent beaucoup de dégâts notamment sur l’Etat-Major anglais et l’hôpital situé au casino. Le 15 août est le jour le plus terrible pour les hôpitaux canadiens. C’est ce jour-là que le Capitaine Fergusson, qui avait repris la direction de l’hôpital en intérim, décide d’hospitaliser Matron Pope au N°14 GH, un hôpital pour officier à Wimereux. Fergusson donna le diagnostic vague d’artériosclérose mais à Wimereux, on la qualifie souffrant de nervous debility, euphémisme du shell schock . De Wimereux, Georgina est rapidement transférée le lendemain en Angleterre dans un hôpital anglais. Après une convalescence de trois mois au Buxton Convalesent hospital elle rejoignit le Canada le sept décembre 1918.

       En mars 1919, Georgina fut mise à la pension. C’était la fin de sa carrière militaire mais elle avait réalisé son rêve. Elle avait partagé la vie des soldats comme l’avait fait Florence Nightingale. D’un caractère solaire, elle ne s’appesantit pas sur la triste fin de sa carrière. Elle trouva du réconfort et réconforta elle-même des infirmières canadiennes qu’elle avait connues en Europe. 

       Dans son île, elle fut notamment reçue pour un thé cérémonial par Rena MacLeod. Rena connaissait bien les affres qu’avaient subies Georgina pour les avoir elle-même subi. Elle avait aussi servi courageusement son pays durant un an à Salonique et surtout avait travaillé à l’hôpital général canadien N°1 d’Etaples durant la nuit du terrible raid aérien, le 19 mai 1918. Ce raid avait causé la mort de plusieurs dizaines de patients et de plusieurs infirmières dont Katherine M. Macdonald, tuée sous le coup, Gladys Wake, décédée des suites de blessures le 21 mai 1918 et Margaret Lowe, décédée des suites de blessures le 28 mai 1918.



Vue de l’Hôpital général canadien no 1, à Étaples, en France, après le bombardement qui a coûté la vie à trois infirmières militaires canadiennes, (a003747)

       La vie de retraitée de Georgina s’organisa. Elle allait passer chaque été dans un cottage situé à Holland Cove quasi face à la mer qu’elle adorait voir. L’hiver était passé à Halifax et parfois en Europe ou aux Caraïbes. En Italie, elle faisait de longs séjours à Rome qu’elle considéra comme sa « maison spirituelle ». Mais à partir de 1930 sa santé déclina et elle dut passer la majeure partie de son temps dans son île à Charlottetown et elle connut au moins sept périodes d’hospitalisation jusque son décès le 6 juin 1938. Se considérant comme un soldat, elle fut enterrée sous une stèle militaire avec la simple inscription qu’elle avait choisie : Elle servit de 1899 à 1919. Puisse-t-elle reposer en paix.



People's Roman Catholic Cemetery ,Charlottetown, Queens, Île du Prince-Édouard, Canada


       Georginia Pope a l’honneur d’être représentée par une sculpture à Ottawa.  Le Monument aux Valeureux (Valiants Memorial), Situé près de la Place de la Confédération, fut inauguré en 2006 et comprend 14 bustes et statues en bronze (œuvre de Marlene Hilton Moore et John McEwen) représentant des figures militaires clés, dont certaines de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale. Parmi ces 14 bustes, celui de Georgina Pope !




       Une plaque commémorative a été montée dans le Hall d'Honneur du parlement à Ottawa au cours de l'été 1926 en l’honneur des infirmières décédées durant la Grande Guerre. Peu après, au cours de la treizième assemblée générale de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, 800 infirmières venues de partout au Canada ont assisté à la présentation par la présidente de l'Association, Mlle Jean Browne, du Monument commémoratif au premier ministre suppléant, Sir Henry Drayton, qui l'a accepté au nom du peuple canadien. Dame Maud McCarthy, directrice générale des soins infirmiers lorsque les troupes britanniques ont combattu en France et dans les Flandres, s'est adressée à l'assemblée. Ensuite, Mme Margaret Macdonald, directrice générale des soins infirmiers, a lu le nom des 39 infirmières en chef et infirmières militaires du Service de santé de l'Armée canadienne ainsi que le nom de huit infirmières détachées à l'Imperial Military Nursing Service Reserve de la reine Alexandra ou ayant servi avec l'American Army Nurse Corps.

 

Conclusion

       Georgina Pope fut la première infirmière et la première femme engagée par l’armée canadienne. Elle voulait suivre le chemin de Florence Nightingale et à force de volonté et d’abnégation, elle parvint à réaliser son rêve. Elle connut nombre d’épreuves comme la perte prématurée de plusieurs de ses proches, les moqueries, les jalousies et même la rivalité dans sa carrière. A un âge plutôt avancé, 52 ans, et malgré une santé fragile, elle n’hésita pas à vouloir rejoindre un hôpital du front où pendant sept mois elle exerça au mieux ses compétences avant de devenir, malgré elle, une héroïne blessée de la Grande Guerre. Il n’est pas étonnant que Georgina Pope soit devenue une icône chérie par les Canadiens.

Dr Loodts

 

 

Biographie :



 

 

 

 

 

 



[1] Au total, la guerre cause la mort d’au moins 60 000 personnes, incluant 7000 guerriers boers et 22 000 soldats impériaux. Près de 270 Canadiens sont morts en Afrique du Sud, dont beaucoup en raison de maladies. Cependant, la majeure partie des souffrances est vécue par les civils, en grande partie à cause des maladies résultant des conditions de vie insalubres des dizaines de milliers de familles confinées dans des camps de concentration britanniques. On estime qu’entre 7000 et 12 000 Africains noirs trouvent la mort dans les camps, ainsi qu’entre 18 000 et 28 000 Boers, des enfants pour la plupart.

[3] Une participation énorme pour un pays qui ne comptait qu’un peu moins de huit millions d’habitants. Plus de 650 000 Canadiens et Terre-Neuviens ont combattu au cours de cette guerre, aussi appelée la Grande Guerre. Plus de 66. 000 d’entre eux ont perdu la vie et plus de 172 000 autres ont été blessés


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